mercredi 6 janvier 2021

Nicholas Lyzarde (actif 1527-1571)

Le sergent-peintre

 C’est certainement suite au décès d’Anthony Toto, dont il était l’assistant, que Nicholas Lyzarde fut pressenti en 1554 pour lui succéder en qualité de sergent-peintre. Loin d'être honorifique, cette fonction était assortie d'un ensemble de responsabilités qui faisaient, d'abord, de son titulaire, un chef des travaux. Créé en 1511 par Henri VIII, le poste de sergent-peintre était directement annexé à la cour. Celui-ci regroupait la création, la préparation et la mise en place de tous les décors relatis aux évènements organisés par la Maison Royale. En véritable maître d’ouvrage, le sergent-peintre disposait, pour le seconder, de toute une troupe d’assistants. Ses missions comprenaient aussi bien les décorations des palais, des équipages et des navires, que les agencements réalisées à titre éphémère à l’occasion des fêtes, incluant notamment panneaux, portiques, estrades, tentes et bannières. Nicholas Lyzarde était donc bien davantage un artisan qu’un artiste. Des maquettes préparatoires étaient présentées au roi pour approbation et le sergent-peintre était chargé de la bonne exécution des travaux, veillant à leur conformité et bien sûr au respect des délais.

Depuis sa création, le poste avait uniquement été occupé par des Anglais. Anthony Toto lui-même n'avait pas dérogé à la régle car, bien qu'originaire d'Italie, il était devenu sujet du roi suite à sa naturalisation en 1538. 

Palais de Placentia
Construit au début du XVème siècle à Greenwich sur les bords de la
Tamise par Humphrey de Lancastre, dernier fils d'Henri IV
il devint à la fin du siècle la résidence principale du roi Henri VII
qui y fit effectuer d'importants travaux d'agrandissement.
Le palais resta la résidence favorite d'Henri VIII au cours de la
plus grande aprtie de son règne. C'est à l'intérieur de ses murs que 
naquirent ses trois enfants, Mary, Elizabeth et Edouard.
Ils en furent chacun leur résidence favorite.
Ce n'est qu'avec l'avènement de Jacques 1er en 1603 que Placentia fut 
peu à peu supplanté par Whitehall avant d'être en partie démoli sous
le règne de Charles II pour devenir un hôpital.
Nicholas Lyzarde (ou Lyzard) était, quant à lui, français de naissance. On ne sait rien de ses origines familiales ni de sa formation avant sa venue à Londres. Certains pensent qu'il devrait s'agîr du mystérieux Master Nykolas qui travailla aux côtés d'Hans Holbein à la décoration de la salle de banquet du Palais de Placentia à Greenwich. Il dut, en cette occasion, fréquenter de jeunes artistes prometteurs tels que John Bettes l’Ancien. Cela supposerait, en revanche, qu’il soit arrivé en Angleterre au plus tard en 1527, date à laquelle Holbein s'apprêtait à repartir à Bâle. Le chantier ayant été abandonné, il dut dès lors figurer parmi la nombreuse main d’œuvre affectée aux travaux d’embellissement des demeures royales, à Hampton Court d’abord puis à Nonsuch à partir des années 1540. C’est dans ce dernier palais considéré comme le projet le plus ambitieux du règne d'Henri VIII qu’il devint un des assistants d’Anthony Toto. De toute évidence, Lyzarde fut durant cette partie de sa carrière, un de ces collaborateurs de l'ombre à la fois zélés et indispensables bien que condamnés à l’anonymat. Il reçut, cependant, près de 4 mètres de tissu noir à l’occasion des funérailles du roi Edouard VI.

Au service de la Reine 

Confirmé dans son titre de sergent-peintre par la reine Mary Tudor le 10 avril 1556, il lui présenta pour l’occasion une œuvre de sa main représentant un Saint. Son appointement s’élevait à 10 £ par an auquel s’ajoutait une somme équivalente prélevée sur les droits de douane. Le montant était relativement modeste, inférieur à ce qu’avait perçu en son temps John Browne, le premier à avoir occupé cette fonction dans les années 1510 et sans comparaison avec les 40 £ alloués au même moment à la miniaturiste Levina Teerlinc. Il récompensait en fait un maître-artisan méritant, bien loin, en tout cas, du statut accordé à un artiste qui avait ses entrées à la Cour, 

 

Esther devant Asahuerus
Tapisserie de Bruxelles (c. 1570)
Cet épisode biblique tiré du Livre d'Esther
appartient pour une large part à la légende mais présente aussi un intérêt
manifeste dans la symbolique historique qu'il renvoie.
L'histoire se passe à la fin du VIème siècle av J.C. après la chute 
de Babylone face au Royaume de Perse. Mal conseillé, le roi Asahuerus
avait décidé d'exterminer tous les Juifs installés dans l'Empire. Conquis, cependant 
par la beauté d' Esther, une jeune femme juive, il l'épousa contre l'engagement de 
ne pas mettre à exécution son sinistre projet.
Présenter Esther sous les traits d'Elizabeth relevait d'une subtile opération
de propagande organisée par l'Angleterre dans laquelle les Protestants y étaient
assimilés aux Juifs espérant bénéficier de la mansuétude d'Asahuerus,
alias Philippe II.

Lyzarde fut, deux ans plus tard, mentionné pour avoir peint une effigie de la reine Mary à l’occasion de ses funérailles. Devenue reine, Elizabeth le confirma à son poste. Il lui offrit pour le Nouvel An un tableau allégorique représentant l’Histoire d’Asahuerus. Malgré son titre de sergent-peintre, il n’eut pas l’honneur d'approcher la souveraine pour lui remettre cette oeuvre en mains propres et dut la confier à George Bredeman, le gardien du Palais de Greenwich. Travailler près de la reine ne suffisait pas à combler la distance séparant le pouvoir de ceux qui le servaient. Il fut, pour son présent, humblement gratifié d’un gobelet et de couverts dorés. Reprenant un épisode de l’Ancien Testament, cette œuvre, probablement de petite dimension, devait représenter la rencontre entre le roi de Perse et Esther, une jeune femme juive réputée pour sa beauté. Totalement conquis, Asahuerus s'était empressé de l’épouser contre la promesse d’annuler un décret ordonnant l’élimination de tous les juifs de son royaume. Sous les traits d’Esther se cachait nécessairement Elizabeth tandis que dans le rôle d'Asahuerus, on trouvait Philippe II d’Espagne. Veuf depuis peu de Mary Tudor, il était aux yeux de certains le prétendant idéal pour épouser, en secondes noces, la toute nouvelle reine en échange cette fois-ci de la promesse de protéger tous les Protestants.

La vie ordinaire d'un maître-artisan 

Les divers travaux dont Lyzarde avait la charge concernaient pour une large part l'évènementiel. Détruits pour certains une fois la fête terminée, démontés, transformés ou repeints pour les autres, ils n'étaient rien d'autre que les accessoires d'ambiance du théatre vivant et perpétuellement changeant qu’était la Cour d'Angleterre. Il n’en reste donc plus rien.

A partir des années 1560, Nicholas Lyzarde fut aussi employé à peindre les vêtements de motifs héraldiques, utilisant pour cela une palette conséquente de pigments colorés et dorés sur les supports les plus divers tels que le taffetas, le satin, la soie, le damas et même le velours.

Selon son testament daté du 14 février 1570, il accordait en premier lieu la somme de 20 shillings aux pauvres de sa paroisse. A son épouse Margaret revenait la somme de 80£ et 20£ étaient destinés à ses domestiques. Ses cinq fils William, John, Nicholas, Lewes et Henry et ses quatre filles Hieronimy, Judith, Christian et Ellen héritaient du reste de ses biens à se partager en parts égales. Il décèdera un an plus tard.

Il fut inhumé le 5 avril 1571 à Londres dans le cimetière de la paroisse St Martin in the Fields.

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