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lundi 16 novembre 2020

Levina Teerlinc (c. 1520-1576)

 Sans prétendre que Levina était prédisposée à réussir une carrière dans la peinture, elle en possédait au moins les atouts dès sa plus tendre enfance. Née à Bruges autour de 1520, elle était la fille de Simon Bening, un de ces illustrateurs de manuscrits qui faisaient depuis des décennies la renommée des Flandres. Son grand-père Alexandre avait été lui aussi un enlumineur de renom et sa grand-mère qui portait le nom de Van der Goes possédait certainement des liens avec le grand portraitiste Hugo Van der Goes. Elevée dans un tel environnement familial, la jeune Levina, aînée de quatre autres sœurs, bénéficia peut-être du fait qu’il n’y avait que des filles dans la famille pour avoir très tôt ses entrées dans l’atelier de son père. C’est là qu’elle apprit l’art de la miniature et travailla certainement jusqu’à son mariage.

Elle épousa en 1545, Georges Teerlinc, un bourgeois originaire de la cité voisine de Blankenberghe.

Attribué à Levina Teerlinc (c.1551)
Portrait présumé de la
 Princesse Elizabeth à 18 ans
D’abord installé à Bruges, le couple partit en novembre 1546 s’installer en Angleterre où Levina venait d'être nommée peintre de cour par Henri VIII. On ne sait ni comment ni pourquoi le roi arrêta son choix sur elle car elle menait jusque-là une carrière plutôt discrète. Qu'est ce qui avait pu le séduire au point de s'attacher si promptement les services d'une jeune artiste qui n'avait pas une seule oeuvre significative à son actif ? Peut-être arrivait-elle, en fait, au bon moment car Henri VIII avait perdu coup sur coup ses deux portraitistes Hans Holbein et Lucas Horebout, décédés à quelques mois d’intervalle. Il lui fallait trouver sans tarder quelqu’un pour leur succéder, et de préférence un miniaturiste si l'on se réfère à la mode des portraits de petit formait dont on rafolait alors à la cour. C’était logiquement du côté de Gand ou de Bruges que devaient se trouver les meilleures compétences. On ne sait qui recommanda personnellement Levina mais on peut raisonnablement penser que la proximité entre les divers enlumineurs flamands fut pour quelque chose dans ce choix. Il est sûr, en tous cas, que les agents royaux usèrent d’arguments convaincants pour que Levina et son mari prennent, en quelque sorte, le premier bateau pour l’Angleterre. Elle fut donc engagée sans limite de temps pour un salaire annuel de 40£, une somme tout à fait rondelette, supérieure en tout cas à ce que percevait Holbein lui-même. 

Elle continuera de percevoir le même salaire au fil des ans, au service d’Henri VIII puis successivement de son fils Edouard VI et de ses deux filles Mary et Elizabeth dont elle devint, par ailleurs, dame de compagnie. 

Attribué à Levina Teerlinc
Portrait présumé de Katherine Grey
Comtesse de Hertford

Petite fille de Mary Tudor, soeur 
d'Henri VIII
Prétendante au trône d'Angleterre après la mort 
de sa soeur aînée Jane, elle entretint de bonnes relations
avec la reine Mary mais eut à souffrir
de la méfiance d'Elizabeth I

Tandis que la politique artistique que menaient les royaumes catholiques accordait une place volontairement envahissante aux grandes compositions religieuses permettant ainsi aux artistes de laisser libre cours à leur créativité voire à leur fantaisie, la Réforme avait, de son côté, prohibé les images pieuses cantonnant les artistes à un registre limité. Le portrait prit, de ce fait, une place essentielle dans les états protestants. Quant à l’Angleterre qui ne possédait, à proprement parler, pas de tradition picturale, contrairement à l’Italie, aux Pays-Bas ou à la France, le portrait y devint même une matière exclusive.

Faute de posséder une école originale, Henri VII s’était tourné vers le continent pour y chercher en premier lieu des enlumineurs aptes à mettre en place une production locale. Henri VIII, son fils avait poursuivi dans la même voie en favorisant la venue de peintres étrangers. Holbein avait répondu à l’appel mais d’autres, venus des Pays-Bas et d’Italie avaient aussi opté pour une carrière en Angleterre. C’est sous son règne que s’était notamment développé le portrait miniature. Or, les années avaient passé et aucun peintre local n’était encore parvenu à se faire une place à la cour. La dernière en date, Levina Teerlinc était flamande et arrivait de Bruges.

Attribué à Levina Teerlinc (c. 1561)
Portrait de Katherine Grey et de son fils 
Edward Seymour
Lord Beauchamp of Hache
On remarque pendue au cou de Lady 
Grey une miniature représentant le portrait de
son époux Edward Seymour
1er Comte de Hertford
Cette miniature est la première oeuvre 
non religieuse représentant une femme tenant
 dans ses bras un enfant  
Elle fut active jusqu’à sa mort à Londres en 1576. Miniaturiste consciencieuse, entièrement vouée à son art, elle est réputée pour avoir peint un grand nombre de portraits, dont ceux des souverains eux-mêmes. Le problème est qu’elle n'a jamais signé aucune de ses œuvres et qu’il est, de ce fait, compliqué de reconnaître parmi les miniatures conservées, celles qui pourraient effectivement être de sa main. Les similarités entre certains portraits ont, toutefois, permis, de définir un profil artisitique qui, selon certains historiens d'art, serait celui de Levina. On y retrouve des caractères propres à la peinture de manuscrit tels que la préciosité de la touche et la transparence de la couleur mais aussi des éléments plus personnels comme la mollesse du pinceau, une relative maladresse dans les modelés et surtout une différence d'échelle entre les visages et les autres parties du corps. 

On sait aussi qu’une bonne partie de ses oeuvres étaient conservées au palais de Whitehall et qu’elles ont été détruites lors du terrible incendie qui a ravagé une large partie de l’édifice en 1698. Une chose est sure cependant, la plupart des miniatures qu’on parvient à lui attribuer représentent presque exclusivement des portraits féminins, comme si on estimait qu’une femme aurait été moins apte à représenter un homme. C’est, effectivement, en substance ce qu’avançait Nicholas Hilliard, son jeune compétiteur sous le règne d’Elizabeth. On s'est efforcé de définir son profil pictural à partir d'éléments communs à certaines miniatures,   Elle a toujours joui, cependant, d’une très bonne réputation, peut-être même d’une réelle considération car une fois montée sur le trône, Elizabeth tint à lui régler les 150£ d’arriérés dus par la reine Mary et lui accorda même un contrat à vie.

Attribué à Levina Teerlinc (c.1570)
l'Aumône Royale un Jeudi Saint

La mode des portraits miniatures dépassa la carrière de Levina, devenant même pendant près de trois siècles un genre à part entière. Ils se portaient au cou, on se les offrait à l’occasion des fêtes. On les faisait en plusieurs exemplaires pour ses amis. L’école miniaturiste anglaise allait faire les beaux jours de l’ère élizabethaine avec un peintre comme Nicholas Hilliard, qui croisa peut-être Levina Teerlinc dans les années 1572-3 au moment où il reçut ses premières commandes de la reine. On dit aussi, sans véritable preuve, que c’est elle qui inventa le format ovale cher à Hilliard.

"La Reine Elizabeth un Jeudi Saint" (c. 1570) - cette miniature que l'on attribue à Levina Teerlinc mérite qu'on s'y attarde un moment. La miniaturiste consacrait une large partie de son activité à la réalisation de portraits même si elle est citée au moins une fois pour une Trinité offerte à la reine Mary. Elle avait pourtant travaillé quelques années dans l'atelier de son père à Bruges où elle s'était aussi habituée à traiter de sujets très divers, autant religieux que liés à des évnèmenements contemporains. Il était de tradition en Angleterre d'organiser le jour du Jeudi Saint une grande cérémonie au cours de laquelle le roi, en l'occurence la reine, reprenait les gestes accomplis par le Christ la veille de sa Passion. Tandis que les choeurs entonnaient des cantiques, vêtue d'une longue tunique et munie d'une serviette, elle s'avançait à genoux jusqu'a un groupe de femmes invitées pour la circonstance, afin de leur laver les pieds. Cela s'arrêtait au pied droit. Le rituel était parfaitement ordonné et une fois la tâche accomplie, la reine embrasssait le pied de chaque femme. La cour, l'arisrtocratie et le clergé étaient conviés à cette céremonie que l'on appelait l'Aumône Royale car après le lavement des pieds, la Reine en personne, remettait à chacune des femmes une écuelle de bois contenant de la nourriture pour quatre personnes, un gobelet de vin, des vêtements et des souliers neufs ainsi qu'un bourse de 40 pennies. Mais la cérémonie ne s'arrêtait pas là car, une fois changée, la reine revenait auprès des pauvres pour remettre la tunique qu'elle portait à la plus pauvre et la plus agée d'entre elles. Il s'agissait d'un riche vêtement de soie violette à parements de fourrure de martre.

A une époque où l'on s'efforce de rendre justice au rôle que les femmes ont joué dans l'histoire, il serait bon d'accorder une meilleure place à Levina Teerlinc. On parle de disparité de salaires entre les hommes et les femmes mais au temps d'Henri VIII, on devait savoir rémunérer autrement le talent car Levina était mieux payée que ses collègues masculins. C'est aussi à elle que revient le premier portrait d'une femme à l'enfant qui ne soit pas la Vierge et son fils Jésus, une véritable révolution dans un pays protestant et c'est aussi à elle que l'on doit la miniature représentant l'Aumône Royale, un évènement mettant uniquement les femmes à l'honneur.