Née à Gand vers 1503, Susannah était la fille du célèbre enlumineur Gerard Horenbout et de son épouse Margaret Svanders. Ses dispositions artistiques lui permirent d'intégrer, dès 1520 l’atelier de son père, alors au service de la Régente Marguerite d’Autriche. Elle s'y fit vite remarquer par son esthétisme raffiné et sa légèreté d'exécution. Preuve en est que lorsqu'Albrecht Dürer rendit visite à la famille, il sélectionna, parmi les œuvres proposées, une peinture de Susannah représentant le Sauveur, s’étonnant même qu’une « peinture due à une jeune femme puisse être aussi belle ».
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| Atribué à Susannah Hornebolt Miniature extraite des "Heures Sforza" (c. 1520) |
La fraîcheur pimpante de son style semble avoir, pour beaucoup, contribué au rayonnement de l’atelier paternel. On lui attribue, en effet, compte tenu de leur extrême délicatesse, certaines des enluminures additives au fameux manuscrit dit des « Heures Sforza » commandées par Marguerite d’Autriche. Sa renommée dépassa dès lors rapidement les frontières des Pays-Bas, la précédant même jusqu’en Angleterre où elle se rendit vraisemblablement dès 1522. Ses parents et son frère aîné Lucas auraient aussi, pense-t-on, été du voyage, répondant à une hypothétique invitation du roi Henri VIII dont on savait l’intérêt qu’il portait à l’enluminure. Susannah eut, peu après son arrivée, l’occasion d’approcher la cour, non pas en qualité de miniaturiste mais comme dame de compagnie auprès de Jane Seymour. Elle le resta jusqu’à la mort de celle-ci en 1537.On ne sait pas si cette fonction était compatible avec la poursuite de sa carrière artistique car, bien que citée comme peintre portraitiste, on ne lui connaît aucune œuvre datant de cette période.
Mariée en 1525 à John Parker, gardien-chef du Palais de Westminster, elle vivait apparemment très modestement bien qu’évoluant dans la sphère royale. Son époux mourut en 1537, la même année que Jane Seymour, ce qui la laissa sans ressources financières.Elle se remaria en 1539 avec John Gilman, un négociant en vin bientôt responsable des dépôts de bois royaux. Malgré son talent reconnu de miniaturiste et une notoriété qui allait jusqu’en Italie, Susannah continuait de vivre dans un relative pauvreté. Elle en fut d’autant plus gênée que lorsqu’elle fut chargée d'accompagner Anne de Clèves lors de son voyage vers l’Angleterre, elle ne possédait pratiquement aucun vêtement digne de sa nouvelle condition. Conscient du problème, Henri VIII veilla en personne à ce qu’elle puisse disposer d’une garde-robe convenable. Nommée en 1540 première dame de compagnie de la reine Anne, elle conserva cette position auprès de Catherine Parr et peut-être de Mary Tudor. Mère de deux garçons dont l’un avait le roi pour parrain, et d’au moins deux filles, elle avait quitté Londres avec son mari pour Richmond, vraisemblablement pour résider à Hampton Court. On perd cependant sa trace à la mort d’Henri VIII, à un moment où commence à s’affirmer à la cour la personnalité de Levina Teerlinc, une autre miniaturiste. On ne conserve, après cette date, qu’une mention la cincernant relative à une pièce de satin reçue de la reine Mary.
Susannah Hornebolt (l'orthographe de son nom à partir de 1534) constitue un paradoxe. Alors qu’elle était réputée pour son talent d'artiste auprès de la cour des Tudors et que le célèbre historien d’art Giorgio Vasari, lui-même, vantait en 1568 l’excellence de son art, elle ne laisse aucune œuvre d'elle. On a avancé qu’elle devait participer aux travaux de de son frère Lucas qui, de son côté bénéficiait du statut fort enviable de peintre du cour, mais il est difficile d’imaginer qu’elle ait pu à la fois assumer son rôle de dame de compagnie tout en fréquentant l’atelier familial. Peut-être attribue-t-on, aussi, à d’autres des œuvres qui devraient lui revenir. On pense que certains portraits d’Henri VIII seraient de sa main mais, étant donné ll'inévitable proximité stylistique entre son frère et elle, il semble, si tel est le cas, impossible de distinguer clairement une signature de l’autre. En fait, sa personnalité artistique reste un mystère car comment expliquer qu'elle ait pu bénéficier d'une telle renommée auprès de la cour des Tudors tout en vivant dans la précarité?
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| Attribué à Hans Holbein (1534) Portrait présumé de Susannah Hornebolt Miniature, diam : 11,7 cm Vienne, Kunsthistoriches Museum |
On ne la connait que par une miniature attribuée à Hans Holbein datant de 1534. Cette attribution semble faire l’unanimité mais rien n’indique, en réalité, que Susannah Hornebolt ait fréquenté le portraitiste allemand alors même qu’il n’avait pas encore ses entrées à la cour. S’âgit-il seulement de Susannah ? Il est écrit sur la miniature qu’elle a 28 ans, laissant supposer qu’elle serait née en 1506, ce qui parait assez improbable lorsqu’on sait qu’elle travailla dans l’atelier de son père à partir de 1520. Elle était, certes, douée et précoce, mais la maturité dont elle faisait déjà preuve quand Dürer vint à Gand ne cadre pas avec l’année 1506, trop tardive. En effet, même si sa date de naissance n’est pas connue avec certitude, on la situe généralement entre 1500 et 1503, ce qui semble effectivement plus logique. A l’époque où fut réalisée cette miniature, Susannah était dame de compagnie de Jane Seymour et l’on peut se demander à quoi se rattache le couvre-chef totalement improbable qu’elle porte sur la tête. Cet immense béret de feutre blanc posé sur une bonnette est non seulement atypique mais totalement à contre-courant de la « mode française » que la reine Anne Boleyn venait d’imposer à la cour.
Peut-être ne sera-t-il jamais possible d’authentifier une œuvre de Susannah Hornebolt mais elle restera dans l'histoire comme la première artiste féminine ayant travaillé en Angleterre.

