Le premier "sergent-peintre"
On connaît très peu de choses de ce peintre. Il était cité depuis 1502 pour peindre des armoiries mais c'est en 1511 qu'il sort vraiment de l'ombre après avoir été nommé serjeant-painter (sergent-peintre) par le roi Henri VIII. C’était la premier fois qu’un tel titre était accordé. Le salaire était fixé à 20 £ par an, ce qui n’était pas négligeable. Le sergent-peintre était donc attaché à la cour du roi avec pour responsabilité de pourvoir à toutes les décorations relatives aux évènements organisés par la maison royale. La tâche était vaste et le peintre avait pour le seconder une troupe d’assistants. Ces missions comprenaient aussi bien les décorations des palais, des équipages et des navires, que celles réalisées à titre éphémère à l’occasion des fêtes, incluant notamment panneaux, portiques, estrades, bannières et autres motifs héraldiques. John Browne était donc davantage un artisan qu’un artiste. Son rôle était d'abord celui d’un chef des travaux. Des maquettes préparatoires étaient présentées au roi pour approbation et John Browne avait la responsabilité de coordonner l'éxécution et de veiller à sa conformité.
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| Le Camp du Drap d'Or (7-24 juin 1520) Un coût démesuré pour un résultat insignifiant (Anonyme, huile sur toile c. 1545 - Château de Hampton Court) |
Il participa au printemps 1520 à la décoration du Camp du Drap D’Or, un évènement hors normes censé sceller un rapprochement historique entre la France et l’Angleterre. Il fut effectivement hors normes, ne serait-ce qu'en raison de l’étalage de luxe et de richesse dont firent preuve les deux partis. Ce fut à qui l’emporterait sur l’autre en matière de fastes et de raffinement, conduisant inexorablement à l’échec. Tant par fierté que par orgueil Henri VIII et François 1er ne cherchèrent qu’à s’impressionner mutuellement jusqu’à un fameux combat de lutte qui vit les deux souverains se mesurer directement ensemble. C’est François 1er qui l’emporta, se plaisant à railler son adversaire. Henri VIII ne supporta pas ce qu’il considéra comme un affront. Il en tint suffisamment grief au roi de France pour se tourner vers Charles-Quint et pactiser avec les Habsbourg.
Parmi les peintres ayant travaillé au Camp du Drap d’Or figurent bien sûr John Browne mais aussi David Rastell et Clément Urmeston, deux artistes dont seul est resté le nom. On pense que le peintre napolitain Carlo Volpe accompagnait John Browne du fait qu’il était, à l'époque, répertorié comme peintre de cour.
Les travaux concernaient la construction d'un palais temporaire. Celui-ci se composait d’une base de briques sur laquelle on avait élevé une structure de bois formant une large bâtiment quadrangulaire percé d’immenses vitraux décoratifs et renforcé de quatre tours d’angle carrées. Le bois était peint de façon à ressembler à la brique.
Être peintre de cour supposait de participer à l’évènementiel en contribuant aux festivités et aux réceptions en concevant et fabriquant des décors éphémères. On en conserve parfois des traces dans certains récits ou des recueils de comptes mais ils n’étaient pas faits pour durer et voués à la destruction ou à un réemploi dans d'autres structures.
On sait que l’héraldique tenait alors une grande place dans l’évènementiel. Afficher son blason représentait le pouvoir, la noblesse et les racines. Depuis le haut Moyen-Age, l’aristocratie usait de ce droit à profusion de manière à marquer son territoire ou poser son empreinte . Dans le système féodal où la terre était morcelée en une infinité de seigneuries toutes jalouses des petits privilèges que leur avait accordé un lointain suzerain, les armoiries constituaient pour chacun de leurs détenteurs un signe d’identification facile et rassurant. Strictement codifiées, celles-ci étaient ornées de symboles variés comprenant aussi bien des figures géométriques plus ou moins complexes que des animaux, des végétaux ou des objets, tous censés avoir un rapport avec son titulaire. Les couleurs aussi avaient leur importance. Elles étaient pour cela franches et vives pour en offrir une bonne lisibilité. Elles étaient au nombre de six : l'or (jaune), l’argent (blanc), l'azur (bleu), le gueules (rouge), le sable (noir) et plus rarement le sinople (vert). La science héraldique en avait même inventé un langage propre à décrire dans le menu un blason simplement à partir d’un texte.John Browne devait mourir en 1532 après avoir fondé à Londres le Painters Stainer’s Hall (Hôtel des Peintres-étameurs)


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