Originaire de Florence, Antonio Di Nunziato d’Antonio fit son apprentissage auprès de Ridolfo Ghirlandajo. Celui-ci n'était, certes, pas aussi célèbre que Domenico, son père, dont de jeunes talents comme Michel-Ange avaient fréquenté l'atelier mais il possédait un brillant caractère. Raphael figurait notamment parmi ses amis. Il aurait d'ailleurs pu l'accompagner à Rome pour y faire carrière mais avait finalement préféré rester à Florence. Fresquiste habile habitué aux grandes compositions religieuses, Ridolfo se consacrait aussi avec une certaine réussite à l’art du portrait. Le père d’Antonio était lui-même peintre mais cantonné dans des travaux mineurs. Il s’était surtout spécialisé dans la pyrotechnie, ce pourquoi il avait acquis à Florence le statut de bombardier, c’est-à-dire qu’il était en charge de la manipulation des canons.
Au début du siècle, la compétition entre artistes était redoutable à Florence et pour beaucoup, l’expatriation restait une chance de se faire un nom. La France mais aussi l’Angleterre recherchaient des peintres et des sculpteurs italiens pour les grands travaux décoratifs de leurs palais. Antonio manifestait quelques bonnes dispositions car on rapporte que certains des tableaux qu’il avait produit dans l’atelier de Ghirlandajo avaient été envoyés en Angleterre. En 1519, il entra en relation avec le sculpteur Pietro Torrigiano qui travaillait à Londres depuis près de dix ans, et à qui l’on devait l’ambitieux monument funéraire érigé à la mémoire du roi Henri VII et de son épouse Elizabeth d’York. Il était, à présent, en charge du projet de monument funéraire qu’envisageait Henri VIII pour son propre compte. Il avait, pour cela, jugé nécessaire de retourner personnellement en Italie pour recruter les artistes qu’il lui fallait. Il comptait surtout s’allouer les services de Benvenuto Cellini, un des sculpteurs florentins les plus en vogue. Mais celui-ci refusa l’offre, jugeant insupportables les fréquentes sautes d’humeur de Torregiano. Bien plus accommodant, Antonio signa le contrat qui devait le conduire en Angleterre. Le voyage fut toutefois annulé au dernier moment. Certainement déçu de ne pas avoir convaincu de le suivre les assistants qu’il espérait, Torregiano abandonna, sur un coup de tête, tous ses projets anglais et partit en Espagne.
On ne sait pas ce qu’il advint alors d’Antonio. Il serait, selon certains, tout de même parti en Angleterre en compagnie d’une autre jeune peintre florentin Bartolommeo Penni. A la même époque, le cardinal Thomas Wolsey, ministre favori du roi Henri VIII, faisait bâtir sa nouvelle résidence à Hampton Court, à l’ouest de Londres, dans un esprit résolument moderne. Il avait, pour cela, fait venir plusieurs artistes italiens, capables, selon lui, d’apporter un souffle nouveau à l’architecture insulaire, encore largement dominée par le style gothique. Il souhaitait faire de ce palais un lieu de réception digne d’un prélât romain, capable d’impressionner les hôtes étrangers les plus illustres. Le pari fut réussi au-delà, même des espérances de Wolsey. Henri VIII fut immédiatement conquis par l’agencement des appartements que la cardinal lui avait réservés. Sentant venir sa disgrâce, il s’empressa d’en faire présent au roi en 1528, espérant par-là, apaiser son courroux. Il devait mourir deux ans plus tard.
Henri VIII s'empressa alors de faire d'Hampton Court sa résidence principale, engageant immédiatement de vastes travaux en vue d’accueillir la cour royale qui, à l’époque, comptait environ mille personnes. De la résidence imaginée par Wolsey ne resta finalement presque rien, hormis les bustes des empereurs romains dus au sculpteur Giovanni da Maiano.
C’est en 1529 que réapparait officiellement Antonio après dix années d’anonymat. Il est répertorié avec son ami Bartolommeo Penni parmi les artistes ayant travaillé pour Wolsey. Ils faisaient certainement partie du groupe d’Italiens employés à la décoration du palais d’Hampton Court à l’époque où le cardinal était encore le maître des lieux mais on ne sait ni la date de leur arrivée ni la nature des travaux auxquels ils étaient affectés.
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| L'Empereur Tibère Palais de Hampton Court Médaillon réalisé par le sculpteur Giovanni da Maiano (1529) Un des rares décors ayant été préservés du palais original bâti par le Cardinal Thomas Wolsey |
Des œuvres d’Anthony Toto, (c’est ainsi que son nom apparaîtra désormais sous sa forme anglicisée), il ne reste rien ou presque rien. On sait, notamment, qu’il prit part, en 1537, à l’aménagement des décors exécutés lors des funérailles de Jane Seymour et qu’il est mentionné pour deux tableaux offerts au roi à l’occasion du Nouvel An représentant une Calomnie d’Apelle (1538-9) et une Histoire d’Alexandre (1540/41). On pense également qu’il connut personnellement Hans Holbein et dut même figurer parmi ses assistants car, parmi les dernières volontés du portraitiste du roi, apparait une somme de 10£ à remettre à « Mr Anthony ». Il est fort probable qu’il s’agisse de Toto, dont on sait qu’il fut, par la suite, remarqué à la cour pour au moins un portrait offert au Prince de Galles, futur Edouard VI. Holbein mourut en 1543 et Toto fut nommé sergent-peintre l’année suivante. Naturalisé depuis 1538, il partageait sa vie Londres avec sa femme et leur fille entre Londres et deux maisons de campagne situées dans le Surrey qu’il avait reçues à titre de gratification. A 46 ans, Toto accédait à un grade qui avait jusque là récompensé des artisans compétents dans la conduite des chantiers et la direction des équipes sans qu’il leur eût été nécessaire d’être des artistes confirmés. C’était la première fois que ce poste revenait à un peintre confirmé.
En 1543, Henri VIII épousa Katherine Parr, une trentenaire veuve de ses deux premiers maris. La cérémonie eut lieu à Hampton Court. Ce dernier mariage fur semble-t-il une rédemption pour le roi dont l’état de santé commençait à inquiéter. Katherine réussit, en quelque sorte, à l’apaiser après les années littéralement chaotiques qu’il avait bien voulu s’accorder. Ardente Réformatrice, elle réussit non seulement à le réconcilier avec ses deux filles mais fit aussi preuve d’une rare intelligence politique lorsqu’elle se vit confier la régence durant l’été 1544. Un rapprochement de circonstance avec l’empereur Charles-Quint permit en effet à Henri VIII d'aller régler un contentieux avec François 1er dont l’alliance avec l’Ecosse constituait pour lui une menace permanente. Il traversa la Manche pour rejoindre ses armées venues assiéger la ville de Boulogne-sur-Mer, défiant la France sur son sol pour la première fois depuis le désastre de la Guerre de Cent Ans. Les Anglais finirent par prendre la ville faisant passer temporairement Boulogne sous leur domination. L’état de santé du roi empira, cependant, au cours de ce voyage. Souffrant d’obésité et par voie de conséquence de diabète et de goutte, il s’apprêtait à faire de la fin de son règne un calvaire.

Palais de Nonsuch (reconstitution)
Commencés en 1538 pour fêter les 30 années de règne d'Henri VIII,
les travaux ne furent achevés qu'à la fin des années 1550.
Catherine Parr assuma parfaitement son rôle, poursuivant les chantiers entrepris par Henri VIII dont le Palais de "Nonsuch", le plus projet le plus ambitieux de son règne. Elle fut, de ce fait, en contact étroit avec le « sergent-peintre » Anthony Toto qui prenait une part active aux travaux. On a même suggéré qu’il aurait pu en être l’architecte. Situé en bordure du Surrey à proximité de Cheam, la nouvelle résidence royale commencée en 1538 avait pour objectif de rivaliser avec le château de Chambord. Elle intégrait les restes d’un bâtiment préexistant dans un ensemble composite, fourmillant d’effets décoratifs, symbole d’une marque Tudor capable de concurrencer le style Renaissance français. Nonsuch était le nom donné à ce futur palais, c’est-à-dire « Sans-Pareil ». Il était effectivement bien nommé car pour concurrencer Chambord et ses multiples lanternons, il fallait une bonne dose d’audace et d’extravagance. Pas moins de 500 ouvriers venus de l’Europe entière participaient à sa construction. Malgré cela, les corps de bâtiment ne sortaient pas du schéma traditionnel, avec leurs tours d’angle qui, même surmontées de pavillons coiffés d'originales toitures en forme de bulbes rappelaient que l’esprit médiéval était toujours vivace dans l’Angleterre du XVIème siècle.
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| Le Palais de Nonsuch (d'après une gravure du XIXème siècle) |
Toute l’originalité réside en fait dans la richesse ornementale confiée à l'artiste modénais Niccolo Bellin. L’aile principale alterne à l'extérieur de larges baies vitrées et des panneaux de stuc en bas-relief ou peints représentant les Travaux d'Hercule dus à l'atelier de William Kendall. Henri VIII décéda avant que le palais ne soit achevé. Il n’y était, de toute façon, venu qu’à de rares reprises durant sa construction. Fallait-il y voir un signe ? Edouard VI et Mary Tudor le négligèrent et si Elizabeth y fit quelques séjours, Nonsuch n'aura jamais été qu’une résidence très secondaire. Déjà en mauvais état en 1650, il fut offert par le roi Charles II à sa maîtresse Barbara Villiers qui finit par avoir l’autorisation de la démolir afin de solder ses dettes. Le parc fut progressivement démantelé au cours du XVIIIème siècle jusqu’à ce que le constat soit fait en 1797 que de Nonsuch, il ne restait plus rien.
Les aménagements intérieurs furent dispersés et pour la plupart détruits. Il reste toutefois un panneau peint à motifs de « grotesques » dans l’esprit du peintre Giovanni da Udine. Cet assistant de Raphaël qui avait commencé sa carrière à Venise avait surtout travaillé à Rome où il s’était spécialisé dans les décors en stuc et les panneaux peints représentant des guirlandes florales intégrant des oiseaux et de figures mythologiques.
Doit-on y reconnaître la signature d’Anthony Toto ?
Certains historiens d’art lui en attribuent la paternité faisant le rapprochement avec les tapisseries flamandes commandées par Henri VIII dans les années 1540-42. Elles avaient été exécutées à partir de cartons provenant de l’atelier de Raphaël représentant des scènes bibliques ou mythologiques telles que le Triomphe d’Hercule ou l’Histoire d’Abraham. On estime aujourd’hui que ces croquis préparatoires sont de la main de Francesco Penni et Giovanni da Udine, deux artistes actifs autour des années 1517-20. Cela permettrait de mieux comprendre comment les œuvres italiennes et flamandes ont eu autant d'influence sur la peinture anglaise.
On sait qu’ Anthony Toto reçut en 1546 une remontrance pour avoir désobéi aux ordres de la Compagnie des Peintres sans que l'on en connaisse la raison. Son nom apparait pour la dernière fois en 1551 parmi le personnel du roi Edouard VI.





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