Après la fin de règne calamiteuse du roi Henri VI et le terrible épisode de la Guerre des Deux Roses, Henri VII Tudor se fixa pour tâche de pacifier son pays et de lui rendre en Europe la place qu’il avait perdu. Le roi se consacra notamment à la mise en place d’une politique culturelle énergique destinée à compenser le retard cumulé dans ce domaine depuis près d’un siècle. S’agissant des arts plastiques, le constat était sans appel. Quelques œuvres architecturales pouvaient certes entretenir l’illusion mais contrairement à ces véritables creusets d’artistes qu’étaient la péninsule italienne, les Etats de Bourgogne, les Pays-Bas, le Royaume de France ou encore l’Allemagne, l’Angleterre ne comptait alors pas un seul peintre digne de ce nom. Le pays souffrait d’une telle indigence artistique qu’il fallait même traverser la Manche pour faire réaliser son portrait. Conscient qu’il était impossible d’inventer de toutes pièces une Ecole Anglaise sur le modèle, par exemple, des Ecoles Florentine ou Vénitienne, Henry VII trouva plus confortable de faire venir auprès de lui des artistes étrangers.
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| Quentin Poulet (actif 1477-1506) Bibliothécaire du roi Henri VII "Le Livre de Vraie Noblesse" (copie 1496-1497) |
Entre 1496, ils étaient deux enlumineurs flamands au service exclusif de la bibliothèque royale. Leurs travaux rivalisaient avec la meilleure production des ateliers de Bruges et de Gand. Il se disait même que la qualité des manuscrits produits à la Cour Tudor était supérieure à celle du Roi de France.
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| Jean Miélot présentant un de ses ouvrages au Duc de Bourgogne |
Les généreux salaires prodigués aux artistes par le roi d’Angleterre n’étaient certainement pas étrangers à la venue de nombreux peintres de manuscrits. Il n’en était cependant pas de même pour d’autres disciplines comme la peinture. Les commanditaires potentiels s’étaient faits rares.
Exsangue, la noblesse anglaise pansait toujours ses plaies après avoir vu les siens s’entredéchirer au cours la guerre fratricide qui avait opposé les familles d’York ou de Lancastre. Divisée également entre partisans de l’un ou de l’autre des deux clans rivaux, l’Eglise n’avait pu tirer son épingle du jeu et se trouvait confrontée à une situation financière dégradée. Contrairement aux autres cours européennes et au clergé qui étalaient leur puissance en embellissant palais et églises de sculptures, de fresques et d’immenses tableaux réalisés par une pléiade d’artistes talentueux, l’Angleterre faisait figure de parent pauvre. Et y attirer les meilleurs d’entre eux n’était encore qu’une utopie.



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