samedi 19 septembre 2020

Préambule

 

La Bataille de Bosworth (22 août 1485)

 Après avoir fait disparaître son neveu le jeune roi Edouard V et son frère dans des circonstances mystérieuses ; après avoir éliminé ses principaux opposants, Richard de Gloucester revendique, pour lui, le trône et se fait couronner roi d'Angleterre le 6 juillet 1483 sous le nom de Richard III

Cela fait plus de 20 ans que la noblesse s'épuise dans la guerre fratricide qui  oppose les familles royales d'York et de Lancastre. Exilé en Bretagne, Henri Tudor, Comte de Richmond, se prévalant des liens de sang qui relie sa famille à l’ancien roi Edouard III, profite du désordre qui règne alors dans son pays pour rallier des soutiens et aller défier Richard. 

Leurs armées s'affrontent à Bosworth dans le centre du pays. Malgré dit-on, une charge héroïque, Gloucester est tué au cours de l'engagement. Le soir même, Henri VII est proclamé roi mettant fin à la Guerre des Deux Roses et à la dynastie des Plantagenet, inaugurant celle des Tudors.

Illustration - "La Bataille de Bosworthpar Phippe Jacques de Loutherbourg (1804)


Après la fin de règne calamiteuse du roi Henri VI et le terrible épisode de la Guerre des Deux Roses, Henri VII Tudor se fixa pour tâche de pacifier son pays et de lui rendre en Europe la place qu’il avait perdu. Le roi se consacra notamment à la mise en place d’une politique culturelle énergique destinée à compenser le retard cumulé dans ce domaine depuis près d’un siècle. S’agissant des arts plastiques, le constat était sans appel. Quelques œuvres architecturales pouvaient certes entretenir l’illusion mais contrairement à ces véritables creusets d’artistes qu’étaient la péninsule italienne, les Etats de Bourgogne, les Pays-Bas, le Royaume de France ou encore l’Allemagne, l’Angleterre ne comptait alors pas un seul peintre digne de ce nom. Le pays souffrait d’une telle indigence artistique qu’il fallait même traverser la Manche pour faire réaliser son portrait. Conscient qu’il était impossible d’inventer de toutes pièces une Ecole Anglaise sur le modèle, par exemple, des Ecoles Florentine ou Vénitienne, Henry VII trouva plus confortable de faire venir auprès de lui des artistes étrangers. 
Quentin Poulet (actif 1477-1506)
Bibliothécaire du roi Henri VII
"Le Livre de Vraie Noblesse"  
(copie 1496-1497)
La fondation à Sheen Palace de la librairie royale (Old Royal Library) permit ainsi la création d’une école composée en majorité d’illustrateurs flamands. En 1492, l’enlumineur Quentin Poulet, originaire de Lille, fut appelé par le roi Henri VII pour diriger sa bibliothèque. Il était entré en 1477 comme apprenti à la Confraternité de St Jean l’Evangéliste de Bruges où il avait été formé à l’art de la miniature. En sa qualité de bibliothécaire du roi, il allait embellir la nouvelle institution de nombreux manuscrits et ouvrages imprimés français. Il est possible qu’il ait fait venir pour le seconder des peintres de manuscrits issus de l’atelier de Jean Miélot (Abbeville 1420 – 1472). De son vivant chanoine de la collégiale St Pierre de Lille, Miélot était encore une référence incontournable. Ecrivain, traducteur et enlumineur, il avait aussi été le secrétaire particulier des ducs de Bourgogne Philippe le Bon et Charles le Téméraire, puis de Jean de Luxembourg.

Entre 1496, ils étaient deux enlumineurs flamands au service exclusif de la bibliothèque royale. Leurs travaux rivalisaient avec la meilleure production des ateliers de Bruges et de Gand. Il se disait même que  la qualité des manuscrits produits à la Cour Tudor était supérieure à celle du Roi de France. 

Jean Miélot présentant un de ses ouvrages au
Duc de Bourgogne



Les généreux salaires prodigués aux artistes par le roi d’Angleterre n’étaient certainement pas étrangers à la venue de nombreux peintres de manuscrits. Il n’en était cependant pas de même pour d’autres disciplines comme la peinture. Les commanditaires potentiels s’étaient faits rares. 

Exsangue, la noblesse anglaise pansait toujours ses plaies après avoir vu les siens s’entredéchirer au cours la guerre fratricide qui avait opposé les familles d’York ou de Lancastre. Divisée également entre partisans de l’un ou de l’autre des deux clans rivaux, l’Eglise n’avait pu tirer son épingle du jeu et se trouvait confrontée à une situation financière dégradée. Contrairement aux autres cours européennes et au clergé qui étalaient leur puissance en embellissant palais et églises de sculptures, de fresques et d’immenses tableaux réalisés par une pléiade d’artistes talentueux, l’Angleterre faisait figure de parent pauvre. Et y attirer les meilleurs d’entre eux n’était encore qu’une utopie.   


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